En avant la musique

9 02 2010

Défiée par Miss Orchidée, je réponds à un petit tag… Elle me demande quelle est la musique que/qui/avec laquelle :

1) j’écoute en ce moment

En ce moment même, j’écoute « Lhasa », dernier album de Lhasa de Sela. Infiniment émouvant, et pas seulement parce que cette artiste est partie bien trop tôt.

2) me rend joyeuse

Les musiques qui me rendent joyeuses ne sont pas forcément les meilleures, loin de là ! Généralement, Mika a un effet euphorisant sur moi.

3) me fait pleurer

À tous les coups, Hurt, repris par Johnny Cash. Quel putain d’adieu !!!

4) me rappelle un ex-copain

With or without you de U2. Une histoire insignifiante de boum dont on n’a pas trop envie de se rappeler ;)

5) me rappelle un(e) ami(e) perdu(e)

Madame rêve d’Alain Bashung. Parce qu’elle l’aimait, parce qu’elle était rock n’ roll et si peu conventionnelle, parce qu’elle est partie de la manière la plus absurde qui soit et que j’espère qu’elle continue de rêver, où qu’elle soit.

6) me fait réfléchir sur le monde

Pokerface de Lady Gaga et autres joyeusetés de ce genre. Si, si, sans blague. Parce que, quand je la vois, je me dis qu’elle liquide à elle seule des décennies de lutte féministe.

Le n° 7 est apparemment passée à la trappe.

8) j’aurais aimé écrire

Toutes les chansons du Cirque des Mirages ! Des bijoux de poésie et d’humour.

9) fait que mes amis pensent à moi quand ils l’entendent

Dur à dire… Le Cher et Tendre dit Breathe me de Sia, parce qu’il doit, régulièrement, la subir en boucle ;) Et peut-être l’album Le Fil de Camille, que des amis ont entendu des centaines de fois en ma compagnie.

10) me rappelle mon enfance

Chiquitita d’Abba. Biberonnée au disco et à la variétoche française, je n’en suis pas morte ;)

11) j’aime me réveiller

Souvenir d’un réveil, lointain, tôt le matin, au son de Stairway to heaven. C’était drôlement bon.

12) j’aime m’endormir

N’importe quelle chanson chill-out-encéphalogramme-plat. Le reste, ça fait sursauter :)

13) je ferais n’importe quoi pour l’entendre en live

Sinnerman ou Feeling good par Nina Simone. Mais c’est trop tard, je sais… Ou n’importe quel titre de Leonard Cohen, mais là, ce n’est pas encore trop tard !

14) me fait penser à ma solitude

N’importe quel slam de Grand Corps Malade. J’ai vraiment l’impression d’être la seule à ne pas aimer le poète urbain des temps modernes.

15) n’est pas mon type de musique mais que j’aime pourtant

Smoke weed everyday, débile au possible mais ça me donne envie de sautiller ;)

16) j’aime travailler

Aussi du chill-out-encéphalogramme-plat, ça favorise la concentration.

17) j’écoute dans ma voiture

Au grand dam du Cher et Tendre et de n’importe quelle personne dotée d’un minimum de goût : All Good Things de Nelly Furtado.

18) j’écoute en boucle sans me lasser

Lily Dale d’Arthur H (à partir d’un poème de John-Antoine Nau). Du nectar. Et La ritournelle de Sébastien Tellier.

Sur ce, je refile la patate chaude à Cuneipage, Fashion et Theoma. Je suis diabolique, je sais.





Les aventures de Tom Sawyer

7 02 2010

Présentation de l’éditeur
Les ruses de Tom Sawyer sont sans limites. Autant pour déjouer la surveillance de sa tante Polly que pour attirer l’attention de la jolie Becky Thatcher. Ou pour mettre en scène sa propre mort et celle des membres de sa « bande »… en s’offrant le plaisir d’assister en cachette à leur éloge funèbre, prononcé dans l’église de St. Petersburg devant le village en pleurs. Mais le jour où Tom et Becky se perdent dans le dédale souterrain d’une grotte, privés de lumière, d’eau et de nourriture, les ruses et l’imagination ne suffisent plus.

Avec les quatre filles du Docteur March et les Cat’s Eyes (sarcasmes interdits !), Tom Sawyer fait partie des héros de mon enfance. C’est donc avec beaucoup d’entrain (enthousiasme décuplé, pour je ne sais quelle raison, par la lecture du très bon Larron d’Hannah Tinti) et de curiosité que je me suis plongée dans la récente traduction des Aventures de Tom Sawyer par Bernard Hoepffner, parue en 2008 chez Tristram. D’un point de vue formel, rien à dire : c’est plein de verve, de rythme, bref, c’est savoureux. La langue de Mark Twain est empreinte d’oralité, son phrasé est alerte, ses répliques sonnent juste – si j’en crois la 4e de couverture, il serait un pionnier en la matière (dans la littérature américaine), et le traducteur se serait efforcé de rendre au mieux cette spécificité. En revanche, l’histoire et ses quelques bouffées paternalistes ont, à mon humble avis, moins bien vieilli. Jugez vous-même le soliloque de cette brave tante Polly : « La tante Polly resta figée un instant, surprise, puis elle se mit à rire doucement. / « Ma parole, quel garnement, est-ce que j’apprendrai un jour ? Ne m’a-t-il pas joué suffisamment de tours de ce genre pour que je n’aille pas le chercher une fois de plus ? Mais y a pas plus grand fou qu’une vieille folle. On n’apprend pas de nouveaux tours à un vieux chien, c’est ce que dit le proverbe. Bonté divine, il n’en invente pas deux pareils, d’un jour sur l’autre, et comment savoir ce qu’il vous prépare ? On dirait qu’il sait exactement pendant combien de temps il peut me tourmenter avant que je me fâche tout rouge, et il sait très bien qu’en me déconsentant juste une minute ou en me faisant rire, il me désarme et que je ne peux plus le frapper une miette. » (pp. 12-13)

Mark Twain décrit la vie paisible de St Petersburg, bourgade imaginaire située sur les rives du Mississipi. Il y a bien quelques nuages noirs à l’horizon (esclavage, alcoolisme, pauvreté, emprise de la religion…), mais ils ne font que passer – très rapidement – pour laisser le devant de la scène à ce brave Tom et à ses facéties. Me souvenant de la plupart de celles-ci (merci le club do ! sarcasmes toujours interdits), l’effet de surprise n’était donc pas au rendez-vous et j’ai régulièrement eu l’impression d’être face à un recueil d’anecdotes sans grande portée. Et que dire du traitement du personnage d’Injun Joe, reflet de la haine envers les Amérindiens et de leur élimination.

La relative déception éprouvée lors de cette lecture m’a rappelé ce que j’ai ressenti en me plongeant, il y a deux ou trois ans, dans le Magicien d’Oz : l’impression d’un manque de relief et d’épaisseur. L’impression que l’émerveillement enfantin ne fait parfois plus le poids. Contrairement à l’Île au trésor, qui ne cesse de m’enchanter. Mais ça, c’est une autre histoire.

Mark TWAIN, Les aventures de Tom Sawyer, Auch, Tristram, 2008.





Instant Cinematic

31 01 2010





Sandawe

29 01 2010

Air du temps oblige, les initiatives éditoriales en matière de numérique et de nouvelles technologies ne cessent de fleurir. Entre (beaucoup) d’autres choses, le lancement des éditions Sandawe a attiré mon attention. En effet, cette maison fraîchement fondée synthétise certaines évolutions de ces dernières années (montée en puissance du marketing viral et du communautaire) et propose à l’internaute lambda de devenir Édinaute. Si Les Nouveaux Auteurs font depuis longtemps appel au public pour juger et cautionner leurs manuscrits, Sandawe pousse un peu plus loin le participatif en y ajoutant une dimension financière : le crowfunding (« Il s’agit de rassembler le budget nécessaire à un projet (son objectif financier), en faisant intervenir un grand nombre de personnes qui, chacune, investissent en fonction de leurs possibilités (chez Sandawe, la mise de départ est seulement de 10 €). Les bénéfices sont ensuite partagés entre les différents participants, au prorata de leur investissement » Source : Sandawe.com). Ainsi, chaque édinaute est invité non seulement à juger les projets éditoriaux, mais aussi à contribuer à leur financement et à leur promotion (>>> le fameux buzzzz !) ; il devient une sorte d’actionnaire particulièrement motivé, pour faire vite. Le rôle de l’équipe de Sandawe dans tout ça ? Filtrer les propositions et mettre les projets en musique.

On a déjà vu ça dans l’industrie musicale, c’est une première (à ma connaissance) dans le monde du livre. De nombreuses questions se posent, comme celle de la rémunération des édinautes/actionnaires. Sandawe ne se mouille pas trop à ce sujet, mais promet tout de même une éventuelle rétribution (« les édinautes touchent jusqu’à 60% des gains des ventes »). La maison se distinguerait de cette manière du système « traditionnel » où « l’éditeur prend tous les gains de l’édition, après avoir payé l’auteur »… J’ai épluché le site, la question de la diffusion, distribution et de la vente en librairie est à peine effleurée. Ces intermédiaires absorbent pourtant plus de 50% du prix public d’un livre… ce qui relativise un peu la vision du Méchant Éditeur aux dents longues qui s’enrichit sur le dos des auteurs. Bref, répartition des gains pas évidente, malgré les jolis schémas très pédagogiques ! Parce qu’il n’y a pas que l’argent dans la vie, Sandawe mise sur le symbolique en proposant aux édinautes de : suivre la gestation d’un album, voir son nom inscrit sur le produit fini, participer activement à sa promotion… Pourquoi pas ?

Pour ma part, je ne suis pas entièrement convaincue (notamment par les projets éditoriaux, un peu trop lisses à mon goût), mais suivrai avec intérêt l’envol de la maison. Et vous, seriez-vous prêt à devenir édinaute ?





Le bon larron

28 01 2010

Présentation de l’éditeur
« À douze ans, Ren le manchot n’a connu que l’orphelinat et, tout en rêvant d’une famille, appréhende les dangers du monde extérieur. Voici que survient Benjamin Nab, qui se prétend son grand frère et le prend sous son aile. Mais dit-il la vérité ? Du jour au lendemain, Ren se retrouve plongé dans une cour des Miracles, un monde de voleurs, de marginaux, de grands escrocs et de nantis maléfiques. Parmi les villes minières et les ports baleiniers de Nouvelle-Angleterre, il ne cesse de vouloir percer le mystère de ses origines… Hannah Tinti ressuscite ici, avec vigueur et malice, l’Amérique du dix-neuvième siècle, celle de Melville et de Mark Twain, tout en donnant à son jeune protagoniste une épaisseur et une vitalité dignes de Dickens. Ce conte foisonnant, au rythme trépidant, ne recule jamais devant les péripéties feuilletonnesques les plus échevelées, nous offrant avec Ren un inoubliable héros. L’élan romanesque qui l’anime, le plaisir contagieux du récit procurent un bonheur de lecture que l’on croyait perdu depuis l’âge d’or de la fiction. On connaissait Hannah Tinti nouvelliste hors pair. Avec ce livre, une romancière est née. »

Depuis plusieurs mois, je tente de réguler la population de livres non lus colonisant ma bibliothèque. Ce n’est pas simple, mais j’essaye de m’y tenir en fuyant les revues littéraires, en écoutant au minimum les copines et en visitant parcimonieusement une petite sélection de blogs. Bref, l’apport de nouveautés se réduit à ce que l’on m’envoie (la faute à Elle, à l’une ou l’autre rare attachée de presse, aux swappeuses en folie), à des cadeaux (merci môman ! merci Audrey !) et à de sporadiques rechutes (…). Le bon larron d’Hannah Tinti, paru en novembre 2009 aux éditions Gallimard, n’aurait donc pas dû croiser ma route, pas tout de suite en tout cas. C’était sans compter l’enthousiasme de Cuneipage, qui n’a pas son pareil pour débaucher les lecteurs bourrés de bonne volonté. Ça, c’est dit, passons maintenant au livre.

Pour ce premier roman, Hannah Tinti s’inscrit avec bonheur dans la tradition des romans d’aventures. Son Bon larron narre les tribulations de Ren, orphelin manchot recueilli par le mystérieux Benjamin Nab. Tiraillé entre une morale chrétienne assénée à coups de férule depuis son plus jeune âge et la nécessité de survivre dans son nouvel environnement, notre héros essayera de se débrouiller tant bien que mal… Le rythme est vif, l’intrigue est rocambolesque : des voleurs, des morts et d’autres sombres créatures guettent sur le chemin qui mène de l’orphelinat à North Umbrage, mais jamais l’ennui. Évidemment, c’est gros, mais n’est-ce pas le propre du récit d’aventures ? Et ça se goupille si bien qu’on veut y croire. D’autre part, l’écriture généreuse et vivante fait jaillir en quelques mots nos personnages, les rendant proches et attachants malgré leurs énormes défauts – j’avoue une petite faiblesse pour Dolly, mort-mais-pas-trop au nom improbable et qui donne lieu à quelques pages burlesques*. À l’instar de Ren et son Tueur-de-Daims, on se laisse envelopper par cette histoire, et on en redemande : « C’était mieux que des ouvrages d’histoire et des psaumes, mieux même que La Vie des saints. Par moments, Ren avait l’impression de lire des fragments de ses propres rêves, assemblés en mots qui tiraient sur son cœur comme s’il y avait une ficelle nouée quelque part à l’intérieur de sa poitrine qui rentrait dans le livre, s’attachait aux personnages et entraînait Ren de page en page. Le garçon lut, lut, lut ; lut jusqu’à ce que les yeux lui brûlent et que la bougie s’éteigne, et même là, dans le noir, il voyait toujours Tueur-de-Daims qui se frayait un chemin entre les épais feuillages, repérait sa cible, portait le long fusil au canon mince à son épaule et faisait feu. » (p.92)

*Il aurait pu être le lointain cousin de Fezzik, bon géant dans l’adaptation cinématographique de Princess Bride… Nul besoin d’Anthony Zuiker pour se faire un film dans sa tête ;)

Amanda Meyre verrait bien Johnny Depp en Benjamin Nab… Ca pourrait être, effectivement, une bonne option ! En suppléant, je propose un Brad Pitt bohème et en verve !

Hannah TINTI, Le bon larron, Paris, Gallimard, 2009.





Humeur festive

27 01 2010